Strophes pour se souvenir

Publié le par Bernard K

l'Affiche rouge . Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime . Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

l'Affiche rouge . Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime . Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

« Strophes pour se souvenir »

 

« Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes

Ni l’orgue ni la prière aux agonisants

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

Vous vous étiez servis simplement de vos armes

La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

 

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L’affiche qui semblait une tache de sang

Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles

Y cherchait un effet de peur sur les passants

 

Nul ne semblait vous voir français de préférence

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants

Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents

 

Tout avait la couleur uniforme du givre

À la fin février pour vos derniers moments

Et c’est alors que l’un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

 

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

 

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le cœur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

 

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant. « 

 

Louis Aragon, Le Roman inachevé, 1956

© Éditions Gallimard

Ce poème a été chanté par Léo Ferré sous le titre "l'Affiche Rouge"

"L'affiche rouge

De nombreux étrangers présents en France avant la guerre, en particulier ceux qui avaient fui le fascisme et la tyrannie dans leur pays, y compris des Allemands, se sont engagés dans la Résistance en France. L’épisode de l’Affiche rouge est là pour rappeler la grandeur de leur engagement et leur martyre.

[…]

Dans la résistance communiste, des “groupes de langue”, rassemblés dans une structure clandestine appelée Main-d'œuvre immigrée (MOI), opèrent au sein d'unités militaires relevant des FTP (Francs-tireurs et partisans). Au début de 1944, l'occupant et les séides de la collaboration tentent de compromettre la Résistance en jouant les cartes du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie.

Du 15 au 18 février 1944, 23 accusés comparaissent à Paris, devant une cour martiale allemande. Ils forment le noyau d'intervention, parmi un groupe de 68 francs-tireurs et partisans de la MOI incarcérés depuis trois mois et quotidiennement torturés. Le verdict tombe le 21 février au matin et, le jour même, tous sont fusillés au Mont-Valérien, à l'exception de la Hongroise Olga Bancic, qui sera décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944

[…]

Tout de suite après, une affiche est placardée en 15000 exemplaires sur les murs de France. Le tract qui l’accompagne présente ces libérateurs de l'intérieur comme un ramassis de tueurs

“Si des Français pillent, volent, sabotent et tuent... Ce sont toujours des étrangers qui les commandent. Ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent. Ce sont toujours des juifs qui les inspirent. C’est l’armée du crime contre la France. Le banditisme n’est pas l’expression du Patriotisme blessé, c’est le complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France.” "

Source : Texte extrait de «L’Affiche Rouge » www. histoire-immigration.fr . - Musée national de l'histoire de l'immigration

Publié dans DIVERS

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