Paris – Les colonnes du Trône

Publié le par Bernard K

  Paris

 

 

 

 

                       Colonnes

         du Trône

Paris – 11ème et 12ème arrondissement de Paris –  Place de la Nation.

La place de la Nation située dans l’est de Paris dans le 11ème arrondissement et le 12ème arrondissement est un nom assez connu. Même ceux qui n’habitent pas Paris ont entendu parler de cette place. C’est souvent l’arrivée de manifestations syndicales ou politiques. Les cortèges partent de la Place de la Bastille ou de la Place de la République et se finissent parfois dans les affrontements entre les forces de l’ordre et les « casseurs » place de la Nation. La grande marche républicaine du dimanche 11 janvier 2015 partit de la Place de la République finit place de la Nation.

Cette place s’appela d’abord Place du Trône. Un trône y fut installé le 26 aout 1660 lors de l’entrée triomphale de Louis XIV et de sa femme Marie-Thérèse d’Autriche après leur mariage à Saint-Jean de Luz le 9 juin 1660.

Pendant la Révolution, le 10 aout 1792,  la place pris le nom de Place du Trône-Renversé et à quelques pas de là une guillotine y fut installée du 14 juin au 27 juillet 1794 pendant la Terreur. Les victimes de la guillotine furent inhumées dans les fosses communes du cimetière de Picpus (voir article du 28 avril 2017 sur ce blog).

Le nom de « Place de la Nation » lui fut donné  lors du 14 juillet 1880, pendant la Troisième République.

Nous en ferons le tour lors d’une prochaine promenade.

Paris – Les colonnes du Trône

Paris – 11ème et 12ème arrondissement de Paris - L’avenue du Trône

Paris – Les colonnes du Trône

A l’est de la place se trouve l’avenue du Trône. Cette courte avenue longue de 54 mètres et large de 84 mètres a porté pendant la Révolution le nom d’avenue Santerre. L’avenue devient ensuite le Cours de Vincennes après le carrefour du boulevard de Charonne (au nord) et du boulevard de Picpus (au sud).

Deux colonnes surmontées de statues dominent l’avenue, et deux bâtiments semblent la garder.  

Barrière d'Enfer (1796) Dessin de  Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) - Dessinateur de l'oeuvre reproduite - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Barrière d'Enfer (1796) Dessin de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) - Dessinateur de l'oeuvre reproduite - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Pavillon d'octroi de la barrière du Trône, 1790 - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Pavillon d'octroi de la barrière du Trône, 1790 - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Sous l’Ancien Régime, la Ferme Générale était une compagnie de finance privée chargée de la collecte des impôts indirects. Sous Louis XIV il y avait cinq fermes dont l’une  était chargée de faire payer la fameuse gabelle (un impôt sur le sel) une autre de faire payer des taxes sur les boissons et sur la circulation des denrées. Les Fermes avaient également le droit de poursuivre les fraudeurs et les contrebandiers. En 1726 les Fermes furent regroupées en une Ferme unique la Ferme Générale  La concession de la Ferme reposait en théorie sur un bail de six ans. A la fin de ce bail la compagnie était dissoute et de nouvelles enchères avaient lieu pour la création d’une nouvelle compagnie. Mais en pratique les financiers étaient les mêmes. Les dirigeants et actionnaires de la Ferme Générale étaient appelés Fermiers Généraux. Ils étaient au nombre de 40 en 1789. Les Fermiers Généraux s’engageaient sur leur fortune personnelle pour récupérer les taxes. Les employés n’étaient pas au service de l’Etat, mais employés par la Ferme Générale, mais agissaient au nom du Roi. La Ferme Générale était très impopulaire. Il semble que les Fermiers Généraux percevaient trois fois plus qu’ils n’en reversaient au Roi.

A Paris cet octroi étant jugé trop perméable. En particulier sur les denrées alimentaires et sur le vin.  La construction d’une nouvelle enceinte fut décidée en 1786, at accordée par Louis XIV. Ce mur long de vingt-trois kilomètres et percé de cinquante-cinq portes englobait de nouveaux quartiers et de nouveaux faubourgs. Très vite ce mur eu très mauvaise réputation auprès des Parisiens. Par ce mur, la capitale se trouvait ainsi murée et emmurée. Les bâtiments de l’octroi, que l’architecte  Claude-Nicolas Ledoux « propylée » appelait des « propylées » étaient trop fastueux et avaient coutés fort chers.

 

"Propylée, au singulier, était en Grèce antique le vestibule simple situé en avant de l'entrée d'un sanctuaire, d'un palais, d'une agora, et  au pluriel, propylaia, ou propylées, les entrées monumentales plus complexes. Les propylées les plus célèbres sont celles de l’acropole d'Athènes."

source Larousse.fr

Une émeute des marchands de vin eu  lieu en juillet 1789, elle commença dans la nuit du 9 au 10 juillet, et dura jusqu’au 17 juillet. Ces émeutes furent violentes. Ce furent pendant plus d’une semaine des attaques menées par des marchands de vin, des viticulteurs et des contrebandiers, des fraudeurs saccageant et détruisant les meubles, immeubles et paperasses de la Ferme Générale. Des groupes d’individus mobiles, se déplaçant rapidement, bien organisés. Une sorte de guérilla urbaine.

 Même si les employés furent menacés de mort, molestés, il n’y eu pas de morts.

 

Il semble que ce soit pendant ces émeutes que l’on entendit pour la première fois : « Êtes-vous du Tiers-État ? »

Il semble que les Parisiens n’aient que très peu participé à ces attaques, même si ils les approuvaient ou les acceptaient.

En 1791 les taxes furent abolies puis rétablies en 1798. Le Mur fut supprimé en 1860 pendant les travaux du Second Empire sous la conduite du préfet Georges Eugène Haussmann. En effet la transformation de Paris entrainait l’annexion de nouveaux villages à la capitale.

Une procédure judicaire fut menée contre les principaux incendiaires, mais en 1790 les poursuites furent abandonnées et les inculpés arrêtés furent relâchés.  Il n’y eu pas de procès.

Ce mur dont il ne reste que quatre bâtiments d’octroi laissa un alexandrin que certains attribuent à Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732 – 1799) l’auteur du « Barbier de Séville ou la Précaution inutile » et de « La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro ».

« Ce mur murant Paris rend Paris murmurant ».

Le Mur des Fermiers Généraux fut détruit en 1860 par le préfet Haussmann lors de l’agrandissement et la transformation de Paris.

Les édifices restants sont la rotonde de la Barrière de Chartres située dans le parc Monceau   (dans le 8ème arrondissement, le lieu appartenait à  Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres), la rotonde de la Villette, ou barrière Saint-Martin, qui se trouve place de la Bataille-de-Stalingrad dans le 10ème et 19ème arrondissement, les deux pavillons de la barrière d’Enfer place Denfert-Rochereau dans le 14ème arrondissement et donc les deux pavillons de l’avenue du Trône.

Ancienne barrière d'Enfer  Aujourd'hui place Denfert-Rochereau en 1901 - photographie Eugène Atget, (1857-1927) - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ancienne barrière d'Enfer Aujourd'hui place Denfert-Rochereau en 1901 - photographie Eugène Atget, (1857-1927) - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Rotonde de la Villette avant et après restauration. Façade nord-est vers 1950 - photographie Jean Roubier -   Source Ville de Paris  BHVP  Roger-Viollet

Rotonde de la Villette avant et après restauration. Façade nord-est vers 1950 - photographie Jean Roubier - Source Ville de Paris BHVP Roger-Viollet

Paris – Les colonnes du Trône

Les deux colonnes sont hautes de 28 mètres et surmontées de deux statues royales hautes de 3.80 mètres, installées en 1845. Saint-Louis, sculptée par Antoine Etex (1808-1888), règne sur le 11ème arrondissement et Philippe Auguste, sculptée par Auguste Dumont (1801-1884), règne sur le 12ème arrondissement.

Philippe Auguste, sculptée par Auguste Dumont (1801-1884)
Philippe Auguste, sculptée par Auguste Dumont (1801-1884)

Philippe Auguste, sculptée par Auguste Dumont (1801-1884)

. Saint-Louis, sculptée par Antoine Etex (1808-1888)
. Saint-Louis, sculptée par Antoine Etex (1808-1888)

. Saint-Louis, sculptée par Antoine Etex (1808-1888)

Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône

Derrière le bâtiment situé dans le 12ème arrondissement, l’emplacement supposé de la guillotine du 14 juin au 27 juillet 1794.

Paris – Les colonnes du Trône
Paris – Les colonnes du Trône
Les fosses communes du Cimetière de Picpus où furent jetés les corps des guillotinés de la Terreur
Les fosses communes du Cimetière de Picpus où furent jetés les corps des guillotinés de la Terreur
Les fosses communes du Cimetière de Picpus où furent jetés les corps des guillotinés de la Terreur

Les fosses communes du Cimetière de Picpus où furent jetés les corps des guillotinés de la Terreur

 La Foire du Trône (également appelée  autrefois « Foire aux pains d’épices ») cette grande fête foraine qui a lieu en avril-mai,  dont l’origine sous la forme d’une foire commerciale remonterait au Moyen-Age se tenait place du Trône. Elle commençait à Pâques et durait une semaine, puis quinze jours. Devant le nombre croissant de forains la ville de Paris décida de la déplacer. Elle se tient depuis 1964 Pelouse de Reuilly à l’orée du Bois de Vincennes dans le 12ème arrondissement (environ 2.5 kilomètres de  son lieu d’origine).

Je rappelle que le Bois de Vincennes et le Bois de Boulogne font partie de Paris.  

Foire du Trône en 1920 - photographie de presse Agence Rol - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Foire du Trône en 1920 - photographie de presse Agence Rol - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Foire du Trône en 1920 - photographie de presse Agence Rol - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Foire du Trône en 1920 - photographie de presse Agence Rol - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Paris – Les colonnes du Trône

La tente fouge et jaune installée derrière le bâtiment de l’octroi est un petit théâtre de Guignol qui s’est momentanément installé là.

Photos  © Bernard-K.Project (sauf indications)

Publié dans PARIS

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