Paris - 12ème arrondissement - Cimetière de Picpus

Publié le par Bernard K

Je voudrais aujourd’hui vous faire visiter un endroit fort peu connu de Paris.

Paris - 12ème arrondissement - Cimetière de Picpus

Au 35 de la rue de Picpus, face à un garage Renault, se trouve le cimetière de Picpus. Ce cimetière est un des deux seuls cimetières privés de Paris (l’autre cimetière étant cimetière des Juifs portugais de Paris dans le 19ème arrondissement). Nous sommes à quelques centaines de mètres de la Place de la Nation, réputée pour les fins de manifestations souvent très agitées.

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Ce cimetière n’est remarquable ni par la beauté architecturale de ses monuments ni par sa grandeur ou par sa flore, mais par son histoire. Nous sommes en ce lieu dans l’Histoire sanglante de la France.

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Pendant la Révolution, en 1792, puis le 21 janvier 1793 jour de l’exécution de Louis XVI, ensuite à partir de mai 1793 la guillotine est installée Place de la Révolution, auparavant appelée place Louis XV. Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Philippe d'Orléans, Madame Du Barry, Danton, Malesherbes et Lavoisier ont été guillotinés sur la place. La place de la Révolution prendra ensuite le nom de place de la Concorde en 1795, puis place Louis XV en 1815, place Louis XVI en 1826, avant de reprendre le nom de place de la Concorde en 1830.

Mais les nuisances engendrées par le passage des charrettes sanglantes de cadavres faisaient tort au commerce, et à la demande semble-t-il des commerçants la guillotine fut déplacée vers la place de la Bastille puis Place du Trône Renversé devenue aujourd’hui place de l’Ile de la Réunion à quelques pas de la place de la Nation sur le Cours de Vincennes. L’engin de mort y resta du 14 juin au 27 juillet 1794. La guillotine reviendra ensuite place de la Révolution le 28 juillet 1794 pour l’exécution de Maximilien de Robespierre. Elle sera ensuite déplacée place de Grève son emplacement initial. La place de Grève, qui occupait une partie de ce qui est aujourd’hui la place de l'Hôtel-de-Ville - Esplanade de la Libération, fut longtemps le lieu des exécutions publiques Ravaillac, l’assassin d’Henri IV, ou Robert François Damiens qui tenta d’assassiner Louis XV y furent suppliciés.

Nous sommes alors dans ce que l’on a appelé « la Terreur ». Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire sur cette période. Juste pour rappel la « Terreur » est surtout une période dont le but était d’assurer la défense de la Nation contre les ennemis de l’extérieur et ceux de l’intérieur. Ce fut surtout un période de répression arbitraire et sanglante.

Mais la guillotine installée place du Trône Renversé que faire des corps des guillotinés ? Le cimetière des Errancis était trop éloigné. Un autre cimetière plus proche et qui recevait déjà des cadavres de suppliciés ordinaires fut trouvé mais les riverains protestèrent. Finalement un autre endroit fut trouvé. Il s’agissait du jardin de l’ancien couvent des chanoinesses de Saint-Augustin. Les chanoinesses y étaient installées depuis 1640 sous le règne de Louis XIII. Bien sûr à la Révolution les religieuses furent délogées et le couvent fut vendu comme Bien National. Le lieu fut loué et une partie devint une maison de santé.

La porte charretière spécialement percée dans le mur pour faciliter l’entrée des tombereaux.

La porte charretière spécialement percée dans le mur pour faciliter l’entrée des tombereaux.

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C’est dans le jardin que furent creusées trois fosses communes. 1306 cadavres furent jetés dans deux de ces fosses. La troisième ne fut pas utilisée.

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Les deux fosses communes furent comblées en juin 1795.

Parmi les guillotinés il y a le poète André Chénier, ou Alexandre de Beauharnais, le premier époux de Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, qui sera connut dans l’Histoire sous le nom de Joséphine de Beauharnais femme d’un certain Napoléon Bonaparte.

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Le couvent fut vendu en 1796 en deux lots et un de ces lots, celui où se trouvaient les deux fosses communes, fut acheté, secrètement, par la princesse de Hohenzollern-Sigmaringen dont le frère le prince de Salm- Kyrbourg guillotiné en juillet 1794 reposait, si l’on peut dire, en ce lieu.

Une plaque rappelle le souvenir des seize Carmélites de Compiègne. L’écrivain Georges Bernanos en fit une pièce de théâtre et le compositeur Francis Poulenc en fit un opéra. Ces deux œuvres furent appelées le « Dialogue des Carmélites ».

 

En 1800 Madame de Montagu revenue d’émigration commence avec sa sœur Marie Adrienne Françoise de Noailles marquise de La Fayette (mariée à Gilbert du Motier, marquis de La Fayette) à chercher le lieu d’inhumation de sa grand-mère, de sa mère et d’une de ses sœurs. Après deux ans d’enquête Madame de Montagu apprend, par une demoiselle Paris dont le père et le frère avait été guillotinés et qui avait suivi la nuit la charrette des morts jusqu’au mur de l’ancien, que ses parentes étaient dans l’une de ces fosses communes.

En 1802, une souscription est organisée par la marquise de Montagu pour acquérir l’ancien couvent des chanoinesses ainsi que les terrains avoisinant les fosses communes. Des familles dont les membres avaient été exécutés fondent la « Société de Picpus » pour l'acquisition du terrain, afin d'y établir un second cimetière près des fosses.

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Dans la partie appelée « cimetière des familles » seuls les parents des victimes guillotinées et inhumées dans les fosses peuvent y être ensevelis. Ainsi parmi sur les tombes on peut lire les noms de La Rochefoucauld, de Noailles, de Montmorency, de Rohan-Chabot, de Luynes, de Polignac.

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En entrant dans le cimetière sur le mur de droite sept plaques commémoratives rappellent la mémoire de membres de ces familles morts pendant la Seconde Guerre Mondiale. Morts au combat ou dans les camps de concentration ou d’extermination nazis.

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Le cimetière semble encore utilisé de nos jours.

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Je voudrais maintenant revenir sur un nom que j’ai évoqué un peu plus haut : Gilbert du Motier, marquis de La Fayette.

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Il semble que le nom du Marquis de La Fayette soit un peu sous-estimé, et même un peu dénigré en France, et parfois controversé. Pourtant Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757 – 1834) est un personnage important en France et aux Etats-Unis. Il est l’un des huit Citoyens d’Honneur des Etats-Unis « Honorary Citizens of the United States ». Un honneur donné par un « Act of Congress » (le Congrès est les deux chambres législatives le Senat et la Chambre des Représentants qui équivaut à nos députés), ou par le Président des Etats-Unis après autorisation du Congrès, à des gens d’un mérite exceptionnel, généralement des non-Américains. Il n’y a que huit Citoyens d’Honneur parmi eux Sir Winston Churchill et Mère Térésa ; et donc le marquis de La Fayette.

Le Marquis de La Fayette a été nommé Citoyen d’Honneur en 2002.

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Voici ce que l’on peut lire à son sujet sur le site de l’Ambassade des Etats-Unis en France :

« Marie-Joseph Paul Roch Yves Gilbert Mottier, Marquis de la Fayette s’est engagé des 1777 dans l’Armée Continentale. Il achète un navire qu’il arme à ses frais. Il obtient le titre de Général auprès du Congrès Continental, ancêtre du Congrès actuel, formé par les représentants des colonies américaines, pour boycotter les décisions commerciales de l’Angleterre. Il est l’un des acteurs victorieux de la Bataille de Yorktown. De retour en France, il est Général de la Garde Nationale pendant la Révolution. Il fera deux autres voyages aux Etats-Unis après la Guerre et sera fait citoyen d’honneur des Etats-Unis. Il est enterré au cimetière de Picpus aux côtés de sa femme. Tous les 4 juillet, les membres de l’Association Cincinnati de France, les membres français des Fils de la Révolution Américaine et des représentants du gouvernement américain se réunissent pour honorer sa mémoire. »

Site de l’ambassade et consulats des Etats-Unis d’Amérique en France : https://fr.usembassy.gov/fr/our-relationship-fr/politique-generale-et-histoire/lieux-historiques/

Il y a aux Etats-Unis il y aurait une quarantaine de villes portant le nom de « La Fayette », une montagne dans le New Hampshire et sept comtés.

En France La Fayette a été député de la noblesse lors des Etats Généraux de 1789, il est élu le

13 juillet vice-président de l’Assemblée Constituante. Il a donc été Général de la Garde Nationale. Il a participé à la vie politique de la France jusqu’à sa mort le 20 mai 1834

Le marquis de La Fayette est enterré dans le cimetière de Picpus. Comme je l’ai écrit seuls les parents des victimes guillotinées et inhumées dans les fosses peuvent y être ensevelis. La femme de La Fayette avait sa grand-mère, sa mère et une de ses sœurs inhumées. Elle est enterrée dans ce cimetière (Adrienne de Noailles est morte en 1807). La Fayette l’a rejoint dans sa tombe.

Tous les 4 juillet (jour de la fête nationale des Etats-Unis) des associations et l’ambassadeur des Etats-Unis, ou son représentant, viennent se recueillir sur sa tombe. Le représentant des Etats-Unis vient également remplacer le drapeau qui flotte sur la tombe.

 

Le cimetière faillit être détruit pendant la troisième République pour percer l’avenue de Bel-Air ce qui signifiait détruire la tombe de La Fayette ce qui aurait été un sacrilège.

 

Le 4 juillet 1917, pendant la première guerre mondiale, le représentant du général Pershing commandant les soldats américains en France a déclaré sur la tombe « La Fayette nous voilà !»

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La chapelle fut construite vers 1840. Elle était destinée aux Sœurs de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie. C’est une chapelle toute simple.

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Sur les murs droit et gauche du transept sont inscrits les noms des victimes enterrées dans les deux fosses communes. De nos jours ces religieuses continuent à assurer la prière perpétuelle pour les défunts.

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Il semble qu’une fois par an le 14 juin les descendants des familles entendent la messe dans la chapelle avant de se réunir dans le cimetière où les tombes sont bénites.

Pour celles ou ceux qui auraient envie de visiter, le cimetière est ouvert en été de 14h00 à 18h00 et en hiver de 14h00 à 16h00. Il est fermé le dimanche et les jours fériés. il faut s’acquitter de 2 euros pour la visite.

Photos © Bernard-K.Project

Publié dans PARIS

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