Samain

Publié le par Bernard K

Ceux qui me connaissent un peu savent mes origines bretonnes. Mes ancêtres paternels habitaient de petits villages dans le Finistère. Ils étaient paysans ou artisans. 100% bretons pur beurre !

Avec nos frères d’Ecosse, d’Irlande, du Pays de Galle, de l’Ile de Man, des Cornouailles (anglaises), de Galice (en Espagne) et des Asturies (également en Espagne) nous nous considérons comme les derniers celtes d’Europe. Les Celtes étaient jadis un peuple qui habitait une très grande partie de l’Europe.

Il nous en reste une certaine culture. Je ne parle pas de ce celto-newâge où se mélange nature, yoga, zenitude, pacifisme, musique synthétique et petits oiseaux. Selon ces adeptes les celtes auraient été des hippies avant l’heure, il ne manquait plus que le L.S.D., la marijuana et autres substances interdites. Le Power Flower avant l’heure.

Nous, les Celtes, croyons en des choses qui vous paraissent surnaturelles, étranges, bizarres, mais qui existent.  

Par exemple en Bretagne nous croyons à l’Ankou. L’Ankou n’est pas la Mort, mais son serviteur. Ce serviteur serait tantôt un homme très grand, très maigre, le visage caché par un chapeau à très large bord ; tantôt un squelette drapé d’un linceul. Dans les deux apparitions il tiendrait une faux au tranchant tourné en dehors. L’Ankou conduit debout une charrette appelée en breton « karr / karrik / karrigell an Ankoù ». Entendre le grincement des essieux de la charrette est le pire des présages. Dans certains endroits de Bretagne, lorsqu'un vivant entend le bruit de la charrette c'est qu'il, ou quelqu'un de son entourage, ne va pas tarder à mourir.

Pour les gens du bord de mer, la charrette est remplacée par une barque. 

Nous disons que lorsqu’on est pris sans cause apparente d’un frisson subit c’est que l’Ankou vient de passer. Pas obligatoirement pour nous prendre.

L’Ankou change, c’est le dernier mort de l’année qui devient l’Ankou.

L’Ankou peut être représenté sur le mur de certaines chapelles ou des ossuaires.

 

 

La nuit de la Toussaint les défunts viennent visiter les vivants. Voici ce que conte Anatole Le Braz (1859 – 1929) dans son livre « La Légende de la Mort » (une collecte de contes et de légendes sur la Mort) :

« Les vivants ont fait, après les vêpres, « la procession du charnier ». Les prêtres et les chantres ont entonné devant l’ossuaire la complainte qui porte son nom « Gwerz an Garnel » la Ballade du Charnier.

La gwerz chantée, chacun rentre chez soi. Puis on s’installe au coin du feu, pour causer de ceux qui sont morts.

La maitresse de la maison recouvre d’une nappe blanche la table de la cuisine, et, sur cette nappe, dispose du cidre, du lait caillé, des crêpes chaudes.

Ces préparatifs terminés, tout le monde se couche.

Le feu est entretenu dans l’âtre par une énorme bûche, la bûche des défunts.

Vers les neuf heures, neuf heures et demie, des voix lamentables s'élèvent dans la nuit. Ce sont les « chanteurs de la mort » qui se promènent par les routes et viennent, au nom des défunts, interpeller sur le seuil des maisons les vivants près de s'endormir.

Ils disent la « complainte des âmes ».

Les gens qui vont ainsi chanter de porte en porte la « complainte des âmes », durant la nuit de la Toussaint, ont souvent senti passer sur leur cou l'haleine froide de l’Anaon qui se pressait en foule derrière eux.

Souvent aussi on a entendu, cette nuit-là, les feuilles mortes bruire dans les sentiers, comme sous les pas d'êtres invisibles.

Les morts passent toute la nuit qui précède leur fête à se chauffer et à se régaler dans leur ancienne demeure.

Il n'est pas rare que les gens de la maison entendent remuer les escabeaux. Le lendemain, on constate parfois que les visiteurs nocturnes ont changé de place les assiettes dans le vaisselier.

Au point du jour, les morts se rendent en même temps que les vivants à la messe qui se célèbre à leur intention dans l'église de la paroisse. »

Anatole Le Braz – « La Légende de la Mort » . Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur (Laffitte Reprints)

Anaon : c’est le peuple des Ames.

Publié dans DIVERS

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